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Q. Quels sont les plus importants enjeux des politiques publiques visant à assurer la sécurité de l’environnement de l’Arctique du Canada en regard des changements climatiques?
Thomas Homer-Dixon a lancé la discussion en déclarant que la question des conséquences des changements climatiques pour l’Arctique a été mal interprétée dans les débats sur les politiques publiques. Il a ajouté que « l’accent quasi exclusif sur l’intégrité territoriale, sur l’extraction des ressources dans le bassin de l’Arctique à la suite de la fonte de la glace marine, sur le transport éventuel par le Passage du Nord-ouest et du Nord-est, et sur l’équilibre du pouvoir entre les pays dans la région fait fausse route et … à certains égards, est bizarre ». Les véritables préoccupations et risques en matière de sécurité de l’Arctique émanent de l’extérieur de la région. Les changements climatiques pourraient transformer le cercle arctique d’une surface hautement réflective en une surface absorptive, ce qui entend la production d’aliments dans certaines des régions les plus euplées du globe. Le point de mire actuel sur les enjeux centrés sur l’État détourne l’attention des problèmes systémiques. Un vaste processus éducatif s’impose, et des initiatives d’orientation sont impératives.
D’autres ont souligné la nécessité de la participation des Inuits et d’un cadre d’élaboration de politiques partant de la base. Un solide programme scientifique de l’Arctique est aussi nécessaire, et le plus grand défi pour le Canada vient de la nécessité de créer un programme d’observation et de gestion ainsi qu’un large éventail d’outils qui ne sont pas actuellement utilisés, comme la génomique polaire.
Le réchauffement des températures en Arctique est un problème international, et non pas uniquement national. Le Canada devrait prendre un rôle de leadership relativement à ce problème. Ce qui arrive en Arctique est un événement non linéaire et le Canada a l’obligation de prôner des politiques décisives. L’un des plus grands défis consistera à amener les pays de l’Arctique à collaborer. Le cadre réglementaire actuel est faible et le Canada manque d’institutions capables de s’attaquer aux défis stratégiques du Nord, dont le transport maritime, la compétition pour les ressources, le territoire chevauchant et les revendications politiques. Par exemple, le Canada est le seul pays du cercle polaire qui n’ait pas d’université polaire. Cette question va bien au-delà des changements climatiques—bien que les changements climatiques centralisent l’attention—et les situations géopolitiques transforment la nature même de l’Arctique. Le Canada a besoin de capacités multilatérales et de capacités unilatérales.
Q. Quels obstacles et défis entravent la résolution de ces enjeux?
David Runnalls a fait observer que le premier obstacle possible à la résolution de ces problèmes est « notre incapacité de comprendre la science, de saisir l’énormité du problème et, par conséquent, l’incapacité de la plupart d’entre nous de reconnaître que c’est là un problème mondial et non pas seulement un problème du Nord ». Le Canada est faible sur le plan scientifique, sur le plan de sa capacité universitaire, sur le plan de sa capacité de prendre et d’appliquer des règlements en matière environnementale, et sur le plan de son pouvoir militaire dans la région, et tout cela constitue de sérieux obstacles à ce qui doit être fait.
Un autre important obstacle relevé est le fait que le Canada ne porte pas sa vision au-delà de la mentalité du sud. L’avis du peuple Inuit est donc limité lors de l’élaboration de politiques. Les médias mettent l’accent sur une course pour l’Arctique, ce qui détourne les responsables des politiques du fait fondamental que ces problèmes ne seront pas résolus en Arctique parce que ce n’est pas là qu’ils prennent source. Le haut-commissaire du Royaume-Uni, Anthony Cary, a fait remarquer que « le plus grand obstacle à l’élaboration de politiques dans ce pays a été la mesure dans laquelle le débat a été polarisé sur ces questions ». Il a ajouté que le gouvernement a pensé que sa tâche consistait à trouver un équilibre entre la prospérité économique et la responsabilité environnementale, ce qui n’est pas une perspective appropriée de cet enjeu. Il ne s’agit pas de trouver cet équilibre mythique, mais de trouver un modèle tout à fait différent qui présente des possibilités pour les entreprises.
D’autres ont fait ressortir des défis qui comprenaient la nécessité de traduire le savoir en programmes et politiques qui transforment la science en solutions. Les solutions nécessitent un financement à long terme et durable, qui a manqué dans le passé. Les liens entre le Nord et le Sud restent un obstacle. Sur le plan de la sécurité militaire, le Canada manque la capacité de réagir aux urgences sur son propre territoire, tant par voie aérienne que maritime. Être un gouvernement responsable entend qu’il faut avoir les capacités nécessaires pour protéger la population et l’espace dans le Nord.
Q. Quelles sont certaines des solutions possibles pour surmonter les obstacles et les défis cernés?
Ian Church a présenté cinq domaines prioritaires de solutions pour faire face aux changements climatiques en Arctique : la protection des écosystèmes, du paysage et de la population; la reconnaissance que l’environnement changera très rapidement et que nous devons nous adapter; la reconnaissance que notre savoir est limité; le renforcement de la capacité d’informer et de faire participer les habitants du Nord; et, en dernier lieu, la constitution de systèmes de gouvernance efficaces. Il a déclaré que « nous ne saisissons pas que nous pouvons beaucoup apprendre sur ce qui catalyse nos systèmes en nous engageant nous aussi, et en prenant conscience ce qui se passe dans l’hémisphère sud et en le comprenant».
Le Canada a besoin d’une orientation stratégique nette pour ses politiques sur l’Arctique et la capacité d’accueillir la science et la technologie de la manière la plus appropriée. Il y avait auparavant un ambassadeur canadien pour les événements circumpolaires, un rôle qui pourrait être rétabli. En tant que pays, nous devons commencerà diffuser le message affirmant que notre souveraineté n’est pas mise en doute. Il sera important de veiller à ce que l’administration Obama ratifie la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Terry Breese, de l’ambassade des États-Unis, a déclaré que cette ratification se fera très probablement dans le cadre d’une mise à jour de la stratégie sur l’Arctique que doit présenter le gouvernement américain.
Séance de questions et réponses du public—Principaux éléments soulevés
R. Le Canada subit déjà des impacts irréversibles des
changements climatiques. L’adaptation n’est donc
plus une possibilité mais un impératif en matière de
politique. Il faut y faire face en partant de la base.
R. Nous parlons de leadership, mais nous ne savons pas qui devrait diriger ni par où commencer; nous devons agir horizontalement. Les futurs cadres stratégiques devront englober une stratégie de gestion du risque pour analyser où nous sommes de façon à pouvoir réorienter la marche à suivre.
R. Une grande menace pour la sécurité du Canada,
actuellement, vient du fait que nous avons à faire avec
un écosystème fermé et fragile sur l’activité économique
duquel il a très peu d’influence ou de contrôle. Nous
devons nous demander ceci : « Comment le Canada
peut il améliorer ses mécanismes institutionnels pour
gagner ce contrôle? Comment le Canada peut-il y
faire participer les autres pays et non pas seulement les
cinq pays de l’Arctique?»
R. Il faut gérer les impacts environnementaux
cumulatifs et les interrelations entre le pétrole et le
gaz, les gaz à effet de serre et d’autres enjeux.
R. La complexité des enjeux nécessite de nouveaux
types de structures de gouvernance mondiales pour
gérer les problèmes systémiques. Le temps est aussi
venu de formuler un traité régional permettant de
composer avec le tourisme, le transport maritime,
les interventions d’urgence et le développement
des ressources. Les débouchés économiques pour les
populations du Nord devraient être mis en valeur,
et ils devraient faire partie intégrante du modèle
de gouvernance.
En réponse à la dernière question au sujet de la plus grande priorité que les responsables des politiques canadiens doivent résoudre au
moyen des politiques climatiques futures en vue d’assurer la sécurité de
notre environnement de l’Arctique, les participants à la table ronde ont
décrit leurs priorités de la façon qui suit.
________________
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« [Nous devons] nous
assurer que notre
savoir est à l’avantgarde…
[nous
devons] combiner
les connaissances
scientifiques et
traditionnelles des
gens qui ont déjà été
dans le Nord. »
Jodi White, modératrice
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« Dans l’Arctique,
je crois que notre
préoccupation la
plus pressante
actuellement est
notre politique
interne sur l’Arctique
et nos priorités à cet
égard, y compris les
résidants de la région
avant tout. »
Bob Page, Ph. D., professeur
en gestion et durabilité
de l’environnement de la
chaire TransAlta, Energy and
Environmental Systems Group de
l’Institute for Sustainable Energy,
Environment and Economy’s Energy
and Environmental Systems Group,
University of Calgary, et président de la TRNEE
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« Un grand défi
pour les décideurs
en matière de
politiques—et
c’est le même défi
pour nous dans le
Nord—c’est que le
Canada n’élargit pas
sa vision… au-delà de la mentalité du
sud du Canada et
c’est un problème
de taille pour nous
qui souhaitons
convaincre le reste
du Canada que
les changements
climatiques sont un
grave problème pour
nous tout comme
il l’est pour les
décideurs. »
Violet Ford, membre du Conseil
exécutif et vice-présidente des
Affaires internationales, Conseil
circumpolaire inuit
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« Les problèmes
que posent les
changements
climatiques dans
l’Arctique ne vont
pas être résolus
dans l’Arctique. Le
problème ne provient
pas de l’Arctique, il
provient d’ailleurs, et
il devra être résolu
ailleurs, non pas dans
l’Arctique ».
Terry Breese, chef-adjoint
de mission, Ambassade des
États‑Unis d’Amérique à Ottawa
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« Si nous n’avons
pas le Canada à la
table, participant
de façon active
dans une position
de leadership sur
une perspective
scientifique et de
recherche, qu’en
fait, le niveau de
compréhension des
gens relativement
aux questions liées
au changement
climatique sera
entravé ».
Elizabeth Dowdeswell